La gare Saint-Lazare : histoire et architecture de la doyenne des gares parisiennes

La gare Saint-Lazare est l’héritière directe du premier terminus de voyageurs de Paris, ouvert en 1837 pour la ligne du Pecq. Le bâtiment que l’on voit aujourd’hui, avec sa façade de pierre, ses deux cours et l’ancien hôtel Terminus, est l’œuvre de Juste Lisch, qui l’a reconstruit entre 1885 et 1889. Entre les deux, la gare a changé trois fois de forme sans jamais quitter son quartier.

1837 : un embarcadère provisoire

La ligne inaugurée le 24 août 1837 relie Paris au Pecq, au pied de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye. Son terminus parisien n’est pas une gare au sens où on l’entend aujourd’hui. C’est un embarcadère provisoire, établi aux abords de l’actuelle place de l’Europe.

Ce choix d’emplacement tient à une contrainte simple : on ne fait pas entrer une ligne à vapeur au cœur de la ville dense. Le terminus s’arrête donc en limite du Paris construit, sur des terrains encore peu bâtis. C’est la même logique qui a fixé toutes les grandes gares parisiennes en couronne autour du centre, chacune au bout du réseau de sa compagnie.

Le bâtiment de 1837 n’a pas survécu. Ce que l’on sait de lui repose sur des plans, des gravures et des descriptions d’époque, et les historiens du rail en discutent encore le détail, comme en témoigne un article de la Revue d’histoire des chemins de fer consacré à cette première gare.

Des années 1840 aux années 1880 : la gare descend vers la rue

Dès les années 1840, le trafic dépasse ce que l’embarcadère peut accueillir. La gare est reconstruite plus au sud, jusqu’à la rue Saint-Lazare, qui lui donne son nom. L’architecte Alfred Armand dessine ce nouveau bâtiment, tandis que l’ingénieur Eugène Flachat conçoit les grandes halles métalliques qui couvrent les voies au début des années 1850.

Pendant ces décennies, la gare change de statut. Elle n’est plus le terminus d’une ligne de banlieue, mais la tête du réseau de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, formée en 1855, qui dessert la Normandie et la Bretagne. Le trafic de grandes lignes s’ajoute à celui de la banlieue, et la gare doit absorber les deux.

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Le plateau des voies se transforme lui aussi. À l’approche de la gare, le faisceau court en tranchée, et un grand pont métallique en étoile, le pont de l’Europe, l’enjambe à la fin des années 1860. Ce pont, reconstruit depuis, reste le meilleur point de vue sur l’arrivée des trains.

PériodeÉtat de la gareCe qui en reste
1837Embarcadère provisoire près de la place de l’EuropeRien de visible
Années 1840Bâtiment rue Saint-Lazare, par Alfred ArmandAbsorbé dans la reconstruction
Années 1850Halles métalliques d’Eugène FlachatCouvertures des voies, plusieurs fois reprises
Fin des années 1860Tranchée et pont de l’EuropeLe site du pont, reconstruit au XXe siècle
1885-1889Reconstruction par Juste Lisch, hôtel TerminusFaçade, cours, salle des pas perdus, hôtel
Années 2000-2012Rénovation et commerces sous la salle des pas perdusÉtat actuel

1885-1889 : la gare de Juste Lisch

La reconstruction confiée à Juste Lisch répond à deux échéances : un trafic de banlieue en forte hausse et l’Exposition universelle de 1889. Lisch connaît bien la compagnie de l’Ouest, pour laquelle il a déjà dessiné la gare du Champ-de-Mars de l’Exposition de 1878, celle qui sera remontée à Asnières. Son parcours est retracé dans notre article sur Juste Lisch, l’architecte des gares de l’Ouest.

Son intervention ne consiste pas à raser pour reconstruire. Il réorganise un ensemble existant : un nouveau bâtiment de voyageurs ferme la gare côté rue Saint-Lazare, et deux cours, la cour de Rome et la cour du Havre, encadrent ce corps central. Elles séparent les flux, une logique qui reste lisible un siècle et demi plus tard.

Le visiteur qui arrive de la rue remarque une particularité : les voies ne sont pas au niveau du trottoir. Elles arrivent sur un plateau surélevé, et la salle des pas perdus se trouve donc à l’étage, au niveau des quais. On y monte par des escaliers depuis les cours. Cette coupe, imposée par le relief du site, explique la façade haute et l’impression de gare « perchée » au-dessus du quartier.

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L’hôtel Terminus, une gare qui loge ses voyageurs

Juste à côté de la gare, sur la rue Saint-Lazare, Lisch construit l’hôtel Terminus, ouvert en 1889. Il est relié à la gare par une passerelle, si bien que le voyageur passe du quai à sa chambre sans descendre dans la rue. L’idée n’est pas propre à Paris : les grandes gares anglaises avaient déjà associé hôtel et terminus. Mais l’ensemble de Lisch en est l’un des exemples parisiens les plus complets.

L’hôtel a changé plusieurs fois d’enseigne au XXe et au XXIe siècle, et il fonctionne toujours. Son volume, sa façade et la passerelle restent les meilleurs témoins de la conception d’origine, plus encore que la gare elle-même, plus souvent remaniée.

Comment lire la façade et les halles

La façade principale, entre les deux cours, concentre le vocabulaire de son époque : pierre de taille, grandes baies vitrées, horloge en position centrale. Elle annonce la ville, tandis que la structure métallique reste à l’arrière, au-dessus des voies. C’est le partage classique des gares terminus du XIXe siècle : un bâtiment de pierre qui fait façade et une halle de fer et de verre qui fait l’outil.

Derrière, les halles ne datent pas toutes de la même campagne. Elles ont été prolongées, reprises et en partie remplacées à mesure que les voies se multipliaient. Ce mélange de générations est fréquent dans les grands terminus, et il se lit à la forme des fermes, à l’espacement des appuis et au dessin des vitrages, comme le détaille notre article sur les marquises et halles métalliques des gares.

Lisch emploie ici le même assemblage de matériaux que dans ses gares plus modestes, à une autre échelle. La pierre, la brique et la fonte y gardent chacune leur rôle, ce qui permet de dater les parties d’un bâtiment par la seule observation des matériaux de la gare, brique, pierre et fonte.

Une gare peinte et racontée

Saint-Lazare doit une part de sa célébrité à la peinture. En 1877, Claude Monet y installe son chevalet et peint une série de toiles consacrées à la gare, aux locomotives et aux fumées sous la halle. Plusieurs sont présentées à la troisième exposition impressionniste la même année, et l’une d’elles est aujourd’hui conservée au musée d’Orsay, lui-même installé dans une ancienne gare.

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Le quartier inspire aussi Édouard Manet, dont Le Chemin de fer (1873) montre la grille dominant la tranchée, et Gustave Caillebotte avec Le Pont de l’Europe (1876). En littérature, Émile Zola ouvre La Bête humaine (1890) dans un appartement qui surplombe les voies de Saint-Lazare. Les tableaux montrent la gare d’avant Lisch, celle des halles de Flachat, et le roman de Zola, publié en 1890, se déroule lui aussi sous le Second Empire.

La gare a reçu ses propres œuvres en 1985, avec deux accumulations d’Arman : L’Heure de tous, une colonne d’horloges dans la cour du Havre, et Consigne à vie, un empilement de valises dans la cour de Rome. Elles répondent, avec humour, aux deux obsessions d’une gare : l’heure et le bagage.

Saint-Lazare aujourd’hui

Le site n’a jamais cessé d’être une gare depuis 1837, ce qui le distingue de bien des terminus disparus ou reconvertis. Elle compte parmi les plus fréquentées de France, avec un trafic dominé par les trains de banlieue de l’ouest parisien et les liaisons vers la Normandie.

La rénovation achevée en 2012 a ouvert la salle des pas perdus vers le bas, avec des niveaux commerciaux creusés sous le bâtiment. Ce chantier a conservé la façade, la salle et l’organisation en deux cours. C’est l’inverse du sort de la gare d’Orsay, devenue musée parce qu’elle ne servait plus.

Questions fréquentes

La gare Saint-Lazare est-elle la plus ancienne gare de Paris ?

Elle est l’héritière du premier terminus de voyageurs de la capitale, ouvert en 1837 pour la ligne du Pecq. Le bâtiment actuel, en revanche, date de la reconstruction de 1885-1889 : rien de l’embarcadère d’origine n’est visible.

Qui a construit la gare Saint-Lazare actuelle ?

L’architecte Juste Lisch, pour la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, entre 1885 et 1889. Il a aussi construit l’hôtel Terminus voisin, relié à la gare par une passerelle.

Pourquoi la salle des pas perdus est-elle à l’étage ?

Parce que les voies arrivent sur un plateau plus haut que la rue Saint-Lazare. La salle se trouve au niveau des quais, et l’on y accède par des escaliers depuis la cour de Rome et la cour du Havre.

Sources et méthode

  • Histoire générale de la gare — ouverture de 1837, reconstructions successives, intervention de Juste Lisch, hôtel Terminus et rénovation de 2012 : notice Gare de Paris-Saint-Lazare, Wikipédia en français.
  • Première gare de 1837 — article « Première gare Saint-Lazare : avons-nous tout vu ? », Revue d’histoire des chemins de fer, Rails et histoire, édition en ligne sur OpenEdition Journals.
  • Série de Claude Monet — notice de La Gare Saint-Lazare (1877), collections du musée d’Orsay.
  • Littérature — Émile Zola, La Bête humaine, 1890, chapitre premier.

Les dates des étapes intermédiaires, entre l’embarcadère de 1837 et la reconstruction de Lisch, varient d’une source à l’autre selon qu’on retient le début des travaux ou la mise en service ; le texte les donne donc par décennie. L’attribution d’un bâtiment à un architecte reste, en architecture ferroviaire, une question délicate : les compagnies travaillaient par bureaux d’études, et un nom d’auteur recouvre souvent un travail collectif.

Gare Lisch
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